Les Défis Pour la Gouvernance Forestière en Asie
RRI a identifié plusieurs menaces majeures à l’amélioration des modes de tenure forestière en Asie, grâce à un processus d’écoute, d’apprentissage et de partage suivi de discussions avec ses Partenaires et Collaborateurs dans la région.
Exclusion Sociale et Inégalité de Genre
En dépit des énormes progrès réalisés au sein des réformes de la tenure favorables aux pauvres, notamment pour protéger les droits et les moyens d’existence, la négation historique des droits des communautés pauvres continue. Au sein des communautés, les femmes, les peuples autochtones, les membres des castes inférieures et les minorités ethniques ne sont pas suffisamment représentés et ne disposent pas d’espaces de participation. A l’échelle nationale, ces groupes sont souvent complètement ignorés. Même dans les pays qui possèdent des régimes de tenure avancés (tels que la Chine et le Népal), l’isolation géographique et culturelle empêche les communautés autochtones et les minorités ethniques d’exercer leurs droits sur les ressources forestières.
Dans de nombreux pays, les femmes ne possèdent pas l’espace adéquat au sein des institutions locales de gouvernance forestière pour faire entendre leurs préoccupations. Les droits des femmes et leur pouvoir décisionnel sont très inférieurs à ceux des hommes, et les réformes institutionnelles favorables aux communautés locales échouent souvent à incorporer les questions de genre, aggravant encore plus les inégalités existantes. En Asie, les activistes et les universitaires indiens et népalais ont été de ceux qui ont le plus œuvré pour l’autonomisation des femmes au sein des communautés forestières.
Des Processus Nationaux d’Aménagement Déconnectés
Répondant à un développement rapide, de nombreux processus nationaux d’aménagement destinés aux forêts n’ont malheureusement pas pris en compte les réalités sociales et écologiques. En particulier, certains systèmes de classification de l’usage des sols ont suivi les modèles occidentaux, lesquels ne sont pas directement transposables aux forêts plus densément peuplées d’Asie. Sans l’instauration claire et ferme des droits forestiers des communautés et des peuples autochtones, les systèmes de répartition et de planification de l’usage des sols sont incapables d’appuyer une gestion forestière équitable et durable. Dans le futur, les modèles forestiers nationaux doivent s’appuyer sur des recherches de terrain et la participation active des groupes locaux.
Dans ce même ordre d’idées, les gigantesques projets de développement d’infrastructures peuvent, dans de nombreux pays, faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises forestières aux marchés. Cependant, sans la contribution des acteurs locaux, ces projets peuvent aussi, au contraire, menacer les forêts et les moyens d’existence locaux.
Barrières Réglementaires
Même lorsque les réformes de la tenure sont institutionnalisées et que les droits fondamentaux sont accordés en vertu de la loi, les réglementations forestières restrictives deviennent souvent des barrières qui empêchent l’accès aux ressources nécessaires pour générer des bénéfices tangibles. Il peut s’agir de réglementations qui :
- Accordent seulement aux communautés locales des forêts dégradées ou de faible valeur ;
- Imposent des interdictions sur la production, la récolte et le transport ;
- Établissent des exigences de gestion rigides avec des coûts de mise en œuvre et de transaction élevés.
Ces réglementations arbitraires font obstacle à la durabilité économique des petits exploitants forestiers, et favorisent les concessions de bois industrielles.
Accaparement des terres, Agro-industrie et Concessions Industrielles
Au cours des dernières années, l’expansion des marchés nationaux et mondiaux de l’alimentaire, des carburants et des fibres a accéléré les acquisitions foncières de la part des entreprises, et intensifié les pressions exercées sur les ressources forestières de l’Asie. Le rôle et l’impact grandissants du secteur privé privent les communautés forestières de leurs droits. En effet, ces derniers ne sont pas reconnus pleinement par le secteur privé afin de répondre à la demande mondiale en matières premières clés. Toutefois, parce qu’il permet d’accroître le PNB et de répondre aux besoins de sécurité alimentaire, les gouvernements ont soutenu massivement l’expansion de l’agro-industrie (particulièrement l’huile de palme). De nouvelles initiatives de conservation et d’atténuation des changements climatiques créent des pressions additionnelles sur la demande foncière.
Changements Climatiques et REDD
La contribution de l’Asie aux émissions mondiales et aux changements climatiques a connu un pic important. Celui-ci est en partie lié à l’essor des plantations industrielles et aux émissions continues émanant de la foresterie et de l’utilisation des terres pour répondre aux besoins d’une population croissante. Le Sud-est de l’Asie (et tout particulièrement l’Indonésie) reçoit une grande partie du financement pour la lutte contre les changements climatiques émanant des mécanismes internationaux, notamment le financement des émissions de carbone. A moins que les questions centrales de la tenure et des garanties ne soient adressées en amont, REDD+ et les autres mécanismes d’atténuation ne feront qu’exacerber plus outre les conflits forestiers et exclure les communautés locales et les peuples autochtones. Cette situation encourage les gouvernements à affaiblir les droits existants, tandis que les concessions industrielles tirent profit des compensations pour les émissions.









