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Les Défis Pour la Gouvernance Forestière en Afrique

RRI a identifié plusieurs menaces majeures à l’amélioration de la tenure forestière en Afrique, grâce à un processus d’écoute, d’apprentissage et de partage suivi d’une collaboration avec nos Partenaires et Collaborateurs dans la région.

Migration
La migration régulière est depuis longtemps une caractéristique des sociétés africaines. Toutefois, les mouvements traditionnels de migration seront perturbés à mesure que les changements climatiques provoqueront une migration de masse vers des régions fertiles plus réduites. Une étude prévoit une réduction de moitié des précipitations et de la productivité agricole dans le Sahel d’ici à 2020. L’arrivée de nouveaux habitants peut compliquer les relations de tenure et fragiliser la stabilité. De plus, codifier efficacement les pratiques coutumières pour gérer les migrations internes s’avère difficile.

 

Changements Climatiques
Les changements climatiques ont un impact énorme sur les terres sèches et les pays de savane où les sécheresses mènent à la pauvreté et à la famine. Aussi, le développement de stratégies d’adaptation est essentiel dans les pays sahéliens, bien que la communauté internationale soit plus axée sur les stratégies d’atténuation et le Bassin du Congo.

 

REDD
Le REDD pourrait être une réponse innovante aux changements climatiques, mais il pose également plusieurs enjeux pour une gouvernance équitable des forêts:

  • Les discussions internationales sur le REDD manquent d’orientations pratiques sur la façon d’aborder les aspects sociaux, tels que les droits, les moyens d’existence et la tenure.
  • L’engagement régional pour l’atténuation des changements climatiques n’a toujours pas permis de développer des initiatives stables pour l’autonomisation communautaire. L’un des enjeux majeurs est de savoir comment promouvoir un processus REDD qui soit favorable aux pauvres, en l’absence de droits de tenure clairs et établis.
  • Il se peut que les gouvernements africains conçoivent REDD uniquement comme une source de financement. Les gouvernements veulent souvent contrôler le financement et les mécanismes financiers liés aux stratégies d’atténuation et commencent à recentraliser la gestion forestière.
  • Pour que REDD fonctionne, une bonne gouvernance forestière est nécessaire à l’échelle nationale, provinciale et communautaire.

 

Le Modèle des Concessions Industrielles
Le modèle économique dominant au sein de la foresterie a été celui des concessions industrielles tournées vers l’exportation et contrôlées par l’État. Ce système date de l’époque coloniale, et il apparaît de plus en plus clairement qu’il n’encourage pas une croissance économique nationale équilibrée. Dans le cadre de ce modèle, les produits primaires continuent d’occuper une place centrale au sein des exportations. Les modèles de tenure et d’entreprise alternatifs ne bénéficient pas d’un appui solide, en dépit des réformes politiques naissantes liées à l’Application des réglementations forestières, Gouvernance et Échanges commerciaux (FLEGT en anglais), aux Accords de Partenariat Volontaire (APV) et aux changements climatiques. La reconnaissance de la tenure coutumière, combinée à un environnement économique favorable aux petites entreprises forestières locales, pourrait favoriser l’émergence des marchés domestiques et locaux et mieux soutenir une croissance économique nationale équitable.

 

Gouvernance Forestière
La gouvernance forestière en Afrique est généralement très faible. Celle-ci est à la fois fortement centralisée et exclusive, et caractérisée par un mépris constant des lois coutumières et des droits. Au cours des dernières années, les réformes politiques et législatives ont commencé à renverser certains des cadres coloniaux de gouvernance des ressources naturelles hérités à l’indépendance. Bien que le discours de la décentralisation soit prometteur, le transfert du pouvoir par le gouvernement n’est pas encore vraiment effectif. De nombreux secteurs continuent de s’opposer farouchement à la mise en œuvre de la décentralisation, et les réformes limitées ne reflètent pas adéquatement la gestion coutumière ou l’inquiétude pour les plus désavantagés. Les gouvernements continuent de centraliser l’autorité concernant les problèmes stratégiques de développement, tels que l’extraction minière commerciale, les concessions forestières et les plans pour l’atténuation des changements climatiques, particulièrement le REDD.

 

Accaparement des Terres et Concessions Économiques
La gouvernance forestière en Afrique est entravée par l’accaparement massif des terres et la saisie des ressources opérés par les élites au bénéfice des concessions industrielles, de la bioénergie, des champs de riz, des plantations, et de l’industrie minière. Depuis 2008, la forte croissance de la demande mondiale de pétrole, de fibres et d’aliments a intensifié la pression sur les terres et les ressources africaines. Selon la Banque Mondiale, plus de 70% des 45 millions d’hectares de grandes concessions foncières se trouvent en Afrique subsaharienne. Les pratiques forestières et agricoles coutumières des communautés locales ont fréquemment lieu en dehors du nouveau système de concession industrielle et manquent de protection juridique face à l’accaparement des terres. Dans la mesure où ils augmentent la valeur foncière, les accaparements de terre pourraient également encourager la tendance des gouvernements africains à recentraliser.

 

Exclusion Sociale, Inégalité et Genre
En dépit de l’existence de réformes forestières favorables aux pauvres dans plusieurs pays africains, les groupes les plus désavantagés – c.à.d. les femmes et les peuples autochtones – suscitent moins d’inquiétude. Les droits de tenure des femmes continuent d’être largement ignorés par les lois formelles et coutumières. Parce qu’une représentation adéquate leur fait défaut, les droits de ces groupes et leurs inquiétudes ne sont pas suffisamment pris en compte dans les réformes politiques et juridiques, tant au niveau national qu’international. Dans le Sahel, les communautés autochtones pastorales vivent au sein de territoires arides et de forêts sèches où les changements climatiques et démographiques affectent les économies. Ces communautés, dont les droits politiques sont faibles, doivent faire face à des conflits croissants avec les agriculteurs concernant l’eau et les terres de pâturage. A travers l’Afrique centrale, les droits de tenure coutumiers et les stratégies des moyens d’existence des peuples autochtones, tels que les Baka et les Bagyeli, sont mal compris et peu respectés au sein des politiques nationales et des processus internationaux qui affectent leurs forêts traditionnelles.

 

Reconnaître la tenure forestière coutumière peut jouer un rôle crucial dans la garantie d’une gestion environnementale durable, encourageant le développement économique et s’attaquant aux conflits liés à la terre et aux ressources. Bien que chaque cas doive être abordé dans son contexte propre, de prometteuses tendances existent en Afrique pour faire progresser la tenure forestière dans la région.